mardi 6 novembre 2012

Pour croire à la pieuvre, il faut l'avoir vue...



"Pour croire à la pieuvre, il faut l'avoir vue.
Comparées à la pieuvre, les vieilles hydres font sourire...



Conan SAGA par Earl Norem


...À de certains moments, on serait tenté de le penser, l'insaisissable qui flotte en nos songes rencontre dans le possible des aimants auxquels ses linéaments se prennent, et de ces obscures fixations du rêve il sort des êtres. L'inconnu dispose du prodige, et il s'en sert pour composer le monstre. 


Orphée, Homère et Hésiode n'ont pu faire que la Chimère ; Dieu a fait la pieuvre...









...Quand Dieu veut, il excelle dans l'exécrable. Le pourquoi de cette volonté est l'effroi du penseur religieux. Tous les idéals étant admis, si l'épouvante est un but, la pieuvre est un chef-d'œuvre...

A droite, couverture de George Gross


A gauche, couverture de Xela. A droite, d'Emanuele Taglietti, visible sur son blog, en cliquant ICI


..La baleine a l'énormité, la pieuvre est petite ; l'hippopotame a une cuirasse, la pieuvre est nue ; la jararaca a un sifflement, la pieuvre est muette ; le rhinocéros a une corne, la pieuvre n'a pas de corne ; le scorpion a un dard, la pieuvre n'a pas de dard ; le buthus a des pinces, la pieuvre n'a pas de pinces ; l'alouate a une queue prenante, la pieuvre n'a pas de queue ; le requin a des nageoires tranchantes, la pieuvre n'a pas de nageoires ; le vespertilio vampire a des ailes onglées, la pieuvre n'a pas d'ailes ; le hérisson a des épines, la pieuvre n'a pas d'épines ; l'espadon a un glaive, la pieuvre n'a pas de glaive ; la torpille a une foudre, la pieuvre n'a pas d'effluve ; le crapaud a un virus, la pieuvre n'a pas de virus ; la vipère a un venin, la pieuvre n'a pas de venin ; le lion a des griffes, la pieuvre n'a pas de griffes ; le gypaète a un bec, la pieuvre n'a pas de bec ; le crocodile a une gueule, la pieuvre n'a pas de dents...








..La pieuvre n'a pas de masse musculaire, pas de cri menaçant, pas de cuirasse, pas de corne, pas de dard, pas de pince, pas de queue prenante ou contondante, pas d'ailerons tranchants, pas d'ailerons onglés, pas d'épines, pas d'épée, pas de décharge électrique, pas de virus, pas de venin, pas de griffes, pas de bec, pas de dents. La pieuvre est de toutes les bêtes la plus formidablement armée.

Qu'est-ce donc que la pieuvre ? 
C'est la ventouse... 






..Dans les écueils de pleine mer, là où l'eau étale et cache toutes ses splendeurs, dans les creux de roches non visités, dans les caves inconnues où abondent les végétations, les crustacés et les coquillages, sous les profonds portails de l'océan, le nageur qui s'y hasarde, entraîné par la beauté du lieu, court le risque d'une rencontre. Si vous faites cette rencontre, ne soyez pas curieux, évadez-vous. On entre ébloui, on sort terrifié...

A droite, couverture de Rahan, "Le fils de Madame Farouche".
Merci à Jean-Luc Boutel, et a son blog (cliquez dessus) : "Sur l'autre Face du Monde"


A gauche, Boris Vallejo


...Voici ce que c'est que cette rencontre, toujours possible dans les roches du large. Une forme grisâtre oscille dans l'eau ; c'est gros comme le bras et long d'une demi-aune environ ; c'est un chiffon ; cette forme ressemble à un parapluie fermé qui n'aurait pas de manche. Cette loque avance vers vous peu à peu. Soudain, elle s'ouvre, huit rayons s'écartent brusquement autour d'une face qui a deux yeux ; ces rayons vivent ; il y a du flamboiement dans leur ondoiement ; c'est une sorte de roue ; déployée, elle a quatre ou cinq pieds de diamètre....





...Épanouissement effroyable. Cela se jette sur vous. L'hydre harponne l'homme. Ses nœuds garrottent ; son contact paralyse. Elle a un aspect de scorbut et de gangrène ; c'est de la maladie arrangée en monstruosité...



...Cette bête s'applique sur sa proie, la recouvre, et la noue de ses longues bandes. En dessous elle est jaunâtre, en dessus elle est terreuse ; rien ne saurait rendre cette inexplicable nuance poussière ; on dirait une bête faite de cendre qui habite l'eau. Elle est arachnide par la forme et caméléon par la coloration. Irritée, elle devient violette. Chose épouvantable, c'est mou...







- ILLUSTRATIONS DIVERSES -

Batman Confidential n° 36, dessin de Marcos Marz


...Elle est inarrachable. Elle adhère étroitement à sa proie. Comment ? Par le vide. Les huit antennes, larges à l'origine, vont s'effilant et s'achèvent en aiguilles. Sous chacune d'elles s'allongent parallèlement deux rangées de pustules décroissantes, les grosses près de la tête, les petites à la pointe...








...Chaque rangée est de vingt-cinq ; il y a cinquante pustules par antenne, et toute la bête en a quatre cents. Ces pustules sont des ventouses...

Illustration de Victor Hugo



A droite, version BD de "Predator"


...Ces ventouses sont des cartilages cylindriques, cornés, livides. Sur la grande espèce, elles vont diminuant du diamètre d'une pièce de cinq francs à la grosseur d'une lentille. Ces tronçons de tubes sortent de l'animal et y rentrent. Ils peuvent s'enfoncer dans la proie de plus d'un pouce. Cet appareil de succion a toute la délicatesse d'un clavier. Il se dresse, puis se dérobe. Il obéit à la moindre intention de l'animal...









Duncan Fegredo, pour "Judge Dredd"


"Le rêve de la femme du pêcheur" de Hokusai au dessus...
...revu par Hajime Sorayama en dessous.


...Les sensibilités les plus exquises n'égalent pas la contractilité de ces ventouses, toujours proportionnée aux mouvements intérieurs de la bête et aux incidents extérieurs...


Paul Weber


Simon Bisley et Suehiro Maruo

Jacques Tardi

Victor Prezio



...Ce dragon est une sensitive."


Victor Hugo, extraits des "Travailleurs de la mer"







 Deux posts précédents proposaient déjà quelques céphalo-couvertures 







lundi 5 novembre 2012

"Soshi", magazine japonais - 1953/1954



L'exploration des magazines japonais artistico-sulfureux continue, avec cette fois-ci le bien nommé magazine SOSHI, rival de KITAN CLUB, une autre publication japonaise souvent évoquée dans ce blog.

"Soshi" a duré une année, de 1953 à 1954, avec au compteur une quinzaine de numéros (le chiffre varie de peu selon les rares sources que j'ai pu trouver). De plus, la publication de la revue, censure oblige, est souvent suspendue ( Mars / Mai / Juin / Juillet / Août 1954 )

On peut rapidement noter la ressemblance avec KITAN : même genre de sommaires, un contenu alternant lui aussi illustrations et photos bondage en noir et blanc, ainsi qu'une mise en page similaire (ce qui n'était pas le cas de la revue URAMADO, une autre rivale surfant elle aussi sur le succès de Kitan).

Le couvertures diffèrent cependant, laissant tomber le parisianisme folle époque d'Hérouard, pour des mondes fantastiques, surréalistes et cauchemardesques, peuplés de monstres et de femmes, ailées ou attachées.

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Ce post contient des couvertures, de somptueux sommaires, des illustrations couleurs et noires et blanches, ainsi que quelques dessins "importés" : John Willie, gravures diverses, etc.

Un autre post, dédié uniquement aux illustrations intérieures noires et blanches, est en préparation.

Les couvertures sont signées Ran Akiyoshi, dont une partie de l'oeuvre est également visible en cliquant ICI.
Les dessins signés "AYAKO", sont de Nakawaga Ayako, et ceux signés T.KITAHARA, particulièrement splendides, sont de Tamara KITAHARA

Les autres dessinateurs, malheureusement, sont (pour l'instant) impossibles à identifier.



Juillet 1953

Août 1953

Septembre 1953

Octobre 1953

Novembre 1953

Décembre 1953


Janvier 1954


Février 1954


Avril 1954

Septembre 1954